Vos costumes de cérémonies aux couleurs chatoyantes nous font traverser les siècles et, pour certains de vos ordres, commanderies et confréries nous ramènent au Moyen Age, époque où ils furent établis.
Les communes s’essayaient à la liberté. Le commerce acquérait une dimension européenne. Les confréries instituaient des liens entre les villes et les pays, et donnaient aux divers corps de métier et professions les moyens de s’organiser pour une plus grande efficacité et de se défendre face au pouvoir politique.
Forgée au nom d’intérêts économiques, cette solidarité développait rapidement un important volet social : une entreprise aussi modeste soit-elle est toujours une communauté d’hommes et de femmes. J’en veux pour preuve les saints patrons sous la protection desquels vos ordres s’abritaient : les récits de leur vie mêlant histoire et légende associent la qualité de leur travail et leur charité : saint Fiacre pour les jardiniers, saint Honoré pour les talmeliers, saint Eloi pour les orfèvres et combien d’autres. Et comment à Rouen ne pas évoquer les drapiers qui avaient choisi pour emblème l’agneau pascal, symbole du Christ le souverain pasteur donnant sa vie pour ceux qu’il aime ?
La Révolution, l’Empire et la Restauration supprimeront et interdiront toute corporation, confrérie, association et rassemblement. Nous avons tous assez de souvenirs de l’histoire apprise à l’école pour être conscients de la misère qui caractérise la naissance de nos sociétés industrielles au XIX° siècle : le travail des enfants et des femmes, le non respect du dimanche, l’absence de protection sociale.
Aussi dans la première encyclique sociale Rerum Novarum, en 1891, le pape Léon XIII n’hésite pas à écrire : « Le (XVIII°) siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient une protection … Les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. »
Le relais est désormais pris par les organisations professionnelles et les syndicats. Ils sont des rouages indispensables pour que nous puissions vivre dans une société juste et plus fraternelle et connaître la paix sociale.
Pour autant vos ordres, commanderies et confréries ne sauraient être considérés seulement comme des survivances folkloriques ou des organes témoin d’un passé révolu.
Ils nous inscrivent dans l’histoire et dans la tradition. Sans mémoire un groupe perd une partie de son identité. Il est essentiel de savoir d’où nous venons.
Les coutumes que vous maintenez, les fêtes que vous organisez, les rassemblements que vous vivez témoignent aussi à l’évidence que l’homme ne vit pas seulement de pain et que l’économie n’est pas à elle seule l’unique chemin pour arriver au bonheur.
Je pense que ce que nous désignons comme étant d’ordre culturel est appelé à tenir dans nos sociétés plurielles une place analogue à celle que tenait la religion dans les siècles passés. Les croyants y avaient leur part. La culture, à travers les arts et les fêtes, exprime ces valeurs sans lesquelles il ne nous serait pas possible de vivre ensemble. Vous y tenez votre place.
Aussi dans cette eucharistie que vous avez souhaité à l’occasion de ce premier rassemblement international dans le cadre de la fête du Ventre de Rouen, nous rendons grâce pour l’œuvre sociale et culturelle accomplie à travers les siècles par vos ordres, commanderies et confréries.
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Que le pain de la Saint Romain qui nous sera offert et que nous partagerons ensemble à la fin de cette célébration montre qu’il est effectivement possible de construire une société où chaque personne est considérée, où chaque groupe social est respecté dans ses coutumes et ses traditions.
13 octobre 2007
Cathédrale Notre Dame de Rouen |